Le design sociétal : révéler les micro-faits, s’adapter aux macro-tendances

 

Tiers-lieux, travailleurs slashers, espaces hybrides, épiceries coopératives en pied d’immeubles, recycleries internes, food-trucks, livraisons de déjeuners à vélo, visualisation des flux et des occupations d’espaces en temps réel… les usages dans l’immobilier font leurs révolutions.

A l’heure de l’avènement, quelque peu contraint et forcé, du télétravail, beaucoup se posent même la question de l’avenir des sièges d’entreprises, des grands plateaux d’activités tertiaires, voire des quartiers d’affaires ! Dès lors, comment décrypter les pratiques qui ne sont que des micro-faits, valables pour quelques pionniers, de ce qui deviendra, dans quelques années, une véritable macro-tendance ?

Le design sociétal est une réponse efficace en prenant le prisme de l’utilisateur pour décrypter les attentes, les besoins et anticiper ce qui sera important à l’échelle de la construction d’un projet immobilier. A l’affût des tendances sociétales, le design sociétal permet de repenser les usages, de trouver de nouvelles alternatives. Son mix de réflexion collaborative, de prise en compte des impacts des enjeux sociétaux pour aboutir à une co-construction de programmations concrètes permet de décrypter, de tester des hypothèses et de tirer parti de l’adhésion des futurs utilisateurs.

Des champs d’application au-delà de la question de l’occupation des ensembles immobiliers

En mettant en lumière les changements sociétaux, le design sociétal répond à tous types de problématiques en étant centré sur les usages et les pratiques.

Comment le besoin des citoyens de devenir acteurs de leur territoire façonne-t-il les quartiers ? Comment l’hybridation des usages en un même lieu impacte-t-il l’immobilier tertiaire ? Comment l’évolution du besoin et de la valeur du présentiel change la manière de penser les lieux d’apprentissage ? Autant de questionnements que l’on peut aborder sous le prisme des usages, en prenant en compte les écosystèmes d’acteurs.

Céline Varenne Souchon est fondatrice de l’agence de design sociétal Mengrov et co-fondatrice d’Urban Chrysalide, un Do Tank d’entreprises, associations et organisations qui s’engagent pour le mieux vivre en ville

Le design sociétal utilisé à tous les stades de projets, d’implantation, de commercialisation, d’occupation d’un immobilier ouvre un champ de solutions pour reconnecter l’immobilier à sa valeur fondamentale : celle de s’adapter aux besoins de ses utilisateurs, et non l’inverse.

Mettre en lumière des paradoxes et les résoudre par le design

Pratiques imposées et besoins réels, tendances constructives et évolution d’usages spontanés… Entre la conception et la manière dont on vit un immobilier, nombreuses sont les contraintes qui se croisent et qui, parfois, s’opposent. Tandis que la tendance pousse à faire la part belle aux espaces communs, la crise sanitaire incite à une compartimentation des lieux et une occupation personnelle et statique des zones de travail. Dans le même temps, la gestion optimisée des flux de circulation se confronte à des ascenseurs trop petits pour s’adapter à la distanciation ou des espaces d’attente inadaptés… Les paradoxes sont nombreux et l’usage, en est souvent le révélateur.

En appliquant la pensée design, les modes de vies et les modes de faire sont observés, les conditions de travail étudiées, les besoins et attentes exprimées, pour anticiper ces paradoxes, trouver des réponses et supprimer ou limiter ces dissonances.

Être centré sur les usages est avant tout être à l’écoute de l’humain

Nous sommes convaincus que le design est une brique méthodologique innovante pour les organisations, mais le cœur de toutes préoccupations reste l’humain au sein de tous ses univers : personnels, professionnels, sociaux, urbains…

Lorsque l’on pousse la pensée design sur des sujets d’immobilier, il s’agit d’envisager le projet immobilier dans un cadre plus large. L’implantation n’est plus qu’une question de géographie mais d’implication au cœur d’un écosystème vivant, mouvant dans lequel le bâti va devoir s’intégrer. On parlera alors de mutualisation de services inter-entreprises, on envisagera les pieds d’immeubles avec les habitants du quartier, on imaginera comment créer de la réciprocité entre l’immobilier et tout l’écosystème dans lequel il s’inscrit.