Les périodes de crises sont un terreau d’innovation

 

Nous devons à l’économiste Joseph Schumpeter d’avoir théorisé l’innovation en relevant que les périodes de crises sont un terreau d’innovation. Son analyse part du constat que les crises économiques, inhérentes au capitalisme selon lui, portent leurs lots de dangers mais aussi de nouvelles opportunités. Face à une remise en cause des positions acquises, les entreprises n’ont d’autres choix que d’explorer de nouvelles idées pour s’adapter. Schumpeter dira que l’innovation suppose la destruction de ce qui est pour reconstruire le futur sur de nouvelles bases.

Inventer, se réinventer

Cette théorie schumpetérienne se vérifie. Aux Etats-Unis, la Grande Dépression des années 30 fut une période particulièrement active de mises sur le marché de nouveaux produits qui, pour certains d’entre eux, font encore partie de notre quotidien : radio, télévision, textile (nylon), médical (pénicilline), produits de grande consommation (Coca-Cola, machine à coudre, etc). Une période marquée par l’écroulement des économies mondiales et l’effondrement du niveau de vie mais au cours de laquelle les entreprises furent contraintes d’innover… ou de mourir. Plus prés de notre époque, cette idée qu’innovation rime avec consommation se vérifie encore : l’iPod d’Apple ou la BMW Mini constituent des exemples de lancements commerciaux réussis et pourtant à contre-cycle.

Nouvelles opportunités

La crise économique que nous traversons du fait de la pandémie de Covid-19 constitue un moment de vérité. De nombreuses entreprises, tous secteurs confondus, se trouvent confrontées à un brusque changement d’environnement qui les oblige à agir tant sur leur base de coûts que sur la gestion de leur capital ou encore leur capacité à s’adapter en mettant sur le marché de nouveaux produits et services. Pour mener à bien cette transformation vitale, l’innovation est centrale. Qu’elle soit portée par des directions ad-hoc ou bien par des fonctions R&D ou marketing, les équipes innovations ont pour tâches d’imaginer, de créer puis de commercialiser de nouvelles offres qui conditionneront la performance future de ces entreprises.

Philippe Boyer, Directeur des relations institutionnelles et de l’innovation

L’innovation suppose la remise en question de ce qui existe déjà. Innover consiste à dépasser des idées reçues en explorant de nouvelles façons de faire dans le but de concevoir produits et services qui trouvent leurs publics.

Devancer le changement par l’innovation

Depuis le début de la crise sanitaire, de nombreuses innovations ont vu le jour. Toutes illustrent le fait que cette crise a permis de faire bouger les lignes en incitant les entreprises à sortir de leur activité présente pour se projeter dans de nouvelles offres. Des initiatives réunissant des collectifs d’industriels et de chercheurs qui, main dans la main, collaborent pour produire des masques . Ailleurs, des appels à projets thématiques sur des sujets spécifiques à l’instar de l’initiative « Air Quality Challenge » lancée par Covivio et EDF afin de recueillir des propositions innovantes en matière de qualité de l’air intérieur et de maîtrise des consommations énergétiques dans les immeubles. Mais aussi le passage à l’échelle de nouvelles formes d’innovations managériales qui font suite à la presque généralisation du télétravail pendant plusieurs mois. On peut d’ores et déjà le prédire : les gagnants de cette crise seront ceux qui auront su anticiper pour se réinventer. Schumpeter aurait approuvé.