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Quand l’UX guide le travail de l’urbaniste

 

Il y a quelques temps, je participais à une table ronde prospective sur l’intelligence artificielle. La discussion était ouverte et réunissait des chercheurs de différentes disciplines, de l’ingénierie aux sciences humaines. Le débat était libre, mais il s’est immédiatement concentré sur une vision dualiste : l’une, fondamentalement positive, qui considérait les avancées de l’intelligence artificielle comme une ressource fantastique, et l’autre, essentiellement négative, qui envisageait avec inquiétude les conséquences possibles, notamment éthiques, qui s’ensuivraient.

Il est clair que chaque avancée technologique et scientifique majeure produit des résultats révolutionnaires parfois imprévisibles qui, dans certains cas, peuvent avoir des conséquences dommageables, et dans d’autres, bénéfiques. De toute évidence, rien n’est simple ou écrit d’avance. Mais il est assurément essentiel de se poser des questions et d’imaginer des scénarios possibles, afin d’agir à temps et d’orienter au mieux l’évolution de la recherche et nos actions pour influer sur les conséquences de ces innovations, en termes d’impact environnemental et social ou de qualité de vie en général.

Le problème n’est pas l’outil

Dans les échanges sur l’intelligence artificielle, ce qui m’a vraiment frappée c’est le fait que c’était la technologie elle-même qui était disséquée et non son utilisation. Ce faisant, nous déplaçons notre regard, et la responsabilité, du sujet à l’objet, nous créant ainsi un alibi. C’est trop facile. Les médias sociaux sont-ils bons ou mauvais ? Ça dépend. Cela dépend de la manière dont ils sont utilisés. Le problème n’est pas l’outil. Par exemple, les réseaux sociaux peuvent être de puissants outils de sensibilisation à des causes nobles, mais en même temps, ils peuvent être utilisés pour manipuler l’opinion publique. L’outil crée la possibilité, mais la responsabilité du résultat incombe à ses utilisateurs.

Depuis quelques années, on ne peut plus contester la place grandissante qu’occupent les outils numériques dans nos vies. De même, dans la sphère de l’architecture et de l’urbanisme, l’importance des solutions numériques pour soutenir les concepteurs et promouvoir des processus innovants, permettant de développer la collaboration sur les transformations urbaines, n’a cessé de croitre. Les points de vue sur le sujet, tant rassurants qu’alarmistes, diffèrent, mais une chose est certaine : la voie que nous empruntons est sans retour. Ces opinions vont assurément évoluer. Comment ? Cela dépend.

IA, données… De nouveaux leviers pour repenser la ville de demain

Comment pouvons-nous saisir les opportunités que cette récente révolution technologique nous offre indubitablement de manière transparente, éthique et positive pour la société dans son ensemble (citoyens, administrations publiques, entrepreneurs et autres parties prenantes) ? Comment pouvons-nous promouvoir des transformations urbaines partagées, pour le bien de tous (y compris l’environnement) ? Ces considérations, entre autres, ont constitué la base d’une approche de recherche qui a entraîné l’élaboration d’une méthode utilisant des données non pas pour vendre un produit ou induire un comportement, mais pour comprendre et partager ; un outil qui permet de voir des choses qui, dans d’autres contextes, auraient été difficiles à discerner et à mesurer afin de favoriser une prise de décision éclairée. La méthode exp-EIA© (experiential Environmental Impact Assessment, Évaluation de l’impact sur l’environnement par l’expérience), élaborée au travers de deux projets européens Horizon 2020, avec une application en cocréation (CitySense), est appliquée aux transformations urbaines expressément dans ce but. L’outil permet d’explorer la vie dans une réalité virtuelle et/ou augmentée et d’étudier et anticiper les réactions des utilisateurs à des environnements urbains existants ou en devenir, grâce à une solution scientifique interdisciplinaire (architecture, informatique et psychologie environnementale et sociale).

S’appuyer sur l’expérience pour anticiper les critiques

Nous sommes convaincus que cette anticipation non seulement des matériaux, mais aussi des scénarios par l’expérience, constitue l’un des moyens d’orienter des choix informés et qu’elle est utile pour les promoteurs, les architectes et les administrations publiques, en ceci qu’elle les aide à identifier les points forts et les risques éventuels des projets. L’objectif est de prévenir les criticités potentielles des projets afin de réduire le risque d’échec. Un outil ne peut toutefois réussir seul : il doit être utilisé de manière collaborative, responsable et selon les possibilités de chacun. Pas à pas, ensemble, nous pouvons aller plus loin et sur un meilleur chemin.