Travail : le bureau a-t-il encore un avenir ?

 

Le bureau a mauvaise presse aujourd’hui. Les open spaces dominants laissent peu de place à l’intimité et la concentration. Hausse des prix de l’immobilier oblige, les entreprises doivent optimiser leurs espaces de travail comme jamais. De leur côté, les salariés (comme les freelances) plébiscitent de plus en plus le télétravail, malgré tous les efforts faits par les employeurs pour améliorer la « qualité de vie au travail ». Outils collaboratifs et ubiquité de l’internet aidant, certains travailleurs vont jusqu’à tourner complètement la page du bureau … et adopter un mode de vie « nomade ». Alors le futur du travail va-t-il condamner le bureau ? Rien n’est moins sûr.

Laetitia Vitaud, Présidente de Cadre Noir

Dans une économie faite d’effets de réseaux et de clusters de talents, le bureau pourrait au contraire rester un lieu essentiel. Dans les entreprises, l’espace de travail devient plus éclaté et les équipes sont plus dispersées. Mais le bureau devient un lieu pivot, le centre des échanges avec les collègues.

Le télétravail, ce n’est pas tout ou rien, c’est un continuum

Le télétravail a progressé en France de manière spectaculaire au cours des deux dernières années : il concerne aujourd’hui près de 30% des salariés du secteur privé, d’après l’étude Malakoff-Médéric de 2019, soit une hausse de 50% par rapport à 2017. Mais quoiqu’en disent les médias fascinés par le phénomène, les digital nomads qui ne travaillent jamais au bureau restent rarissimes. La réalité du télétravail, c’est en moyenne 7 jours par mois qui sont passés en dehors du bureau. Pour la productivité comme pour le bien-être, la durée optimum de télétravail se situe autour de deux jours par semaine.

Le « travail superficiel » n’est pas moins critique que le « travail concentré »

Dans Deep Work, un best-seller paru en 2016, Cal Newport affirme que le travail concentré (deep work) est devenu une denrée rare dans notre économie de la connaissance. Or pour lui, impossible de faire du deep work au bureau. Il est vrai qu’il faut de la concentration pour écrire du code informatique, finir un rapport ou écrire un article. Mais le deep work ne fait pas tout et n’a pas la même importance à tous les postes. Un manager doit au contraire exceller dans le travail « superficiel », tisser des liens, créer des nouveaux rituels, connecter en réseau les différentes parties prenantes de l’entreprise. Et c’est au bureau que se fait ce travail-là.

La « valeur » est dans les rituels et les moments partagés

Les Anglo-saxons parlent du water-cooler effect à propos des échanges informels qui se produisent entre collègues lors des pauses (la fontaine à eau serait l’équivalent de notre machine à café). Ces échanges informels jouent un rôle critique dans les entreprises. C’est là que se nouent les liens qui feront la force des équipes et que se propage la culture de l’entreprise. C’est là que se joue vraiment le bien-être et la « QVT ». Les partisans du télétravail ne s’y trompent pas : ils savent que les créatures sociales que nous sommes ont besoin de ces rituels et moments de partage et s’interrogent sur la manière de les réinventer.

Nous ne pourrons pas nous contenter des échanges virtuels. Notre espace de travail est de plus en plus éclaté — coworking, café, domicile, et bureau. Mais le bureau a encore un bel avenir au centre de ce réseau d’espaces multiples.