Mobilité, bureaux
fluides : socles de l’entreprise de demain ?

Le télétravail est devenu incontournable

Pics de pollution, crues de la seine, grèves… A l’heure du cloud et des outils collaboratifs, de plus en plus de français optent pour le travail à distance. La tendance est d’ailleurs poussée par un contexte législatif favorable :

  • Les ordonnances Macron ont simplifié la mise en œuvre du télétravail et créé un terrain propice au développement plus large des pratiques de travail en mobilité, notamment au sein des TPE et PME.
  • Le plan de mobilité quant à lui, obligatoire depuis janvier 2018 pour les entreprises avec des sites de plus de 100 salariés, impose la mise en place de mesures pour améliorer les conditions de transport domicile-travail. Dans le futur et pour certains territoires, ne pas mettre en œuvre de plan de mobilité pourrait même impacter les finances des entreprises, notamment via la majoration de leur versement transport (non négligeable en Ile-de-France).

Alors qu’il apparaît aujourd’hui évident que les investissements publics dans les réseaux de transport ne suffiront pas à court, et même moyen terme, à améliorer la qualité des transports de nos grandes métropoles, notamment aux heures de pointes, favoriser les alternatives à la voiture et aux transports publics et surtout la non mobilité devient donc impératif.

Nathanaël MATHIEU, co-fondateur de LBMG Worklabs

Entreprise hybride dédiée aux nouveaux modes de travail. Dans ce but, il accompagne depuis 2010, entreprises et acteurs publics dans la transformation de leurs pratiques et de leurs espaces de travail. Il est également à l’origine de neo-nomade.com, site de référence du coworking en France utilisé par de nombreux groupes comme EDF, Generali ou Cap Gemini. Acteur militant, il a créé le Tour de France du télétravail et des tiers-lieux et plus récemment le Worklab Paris, accélérateur dédié au travail.

Un soutien politique fort

Vélo, covoiturage, autopartage, aménagement des horaires de travail : ces solutions sont souvent mises en avant car elles représentent des alternatives crédibles aux transports publics et à la voiture sur les heures de pointe. Malheureusement, le télétravail est souvent le grand oublié dans ces plans. Et pourtant, la demande est bien là, massive. Les résultats du plan de déplacement inter-entreprises réalisé en 2013 sur le site de La Défense auprès de plus de 15 000 collaborateurs sont à ce titre édifiants. 1 personne sur deux travaillant à La Défense identifie le télétravail comme solution la plus intéressante pour améliorer les déplacements domicile-travail loin devant le vélo, l’autolib’ et le covoiturage.

Les signaux de soutien et d’implication des acteurs publics n’ont jamais été aussi forts. Muriel Pénicaud, ministre du travail, a clairement marqué son soutien au télétravail et au coworking. Valérie Pécresse, présidente de la Région Ile-de-France, a invité depuis avril 2018 de nombreux dirigeants d’entreprises à réfléchir et proposer des actions concrètes en matière de télétravail et de lissage des horaires de travail notamment pour certains territoires pilotes franciliens.

La mobilité du travail est désormais stratégique

Réduire le télétravail à l’unique enjeu d’amélioration des transports domicile-travail et de la qualité de vie des salariés serait une erreur. De nombreux autres sujets en font désormais un enjeu stratégique pour les organisations, qu’elles soient publiques ou privées. On pense notamment à l’évolution des pratiques managériales (confiance), l’attractivité de talents et bien sûr, l’évolution de l’environnement de travail (bureaux plus flexibles et souvent non dédiés) et l’optimisation immobilière et financière qui en résulte.

Mélanger pratiques de collaboration et mobilité

Le déploiement de diverses formes de mobilité met en avant comme un miroir le besoin de collaboration quand on retourne au bureau. Historiquement, les notions de télétravail et de collaboration ont souvent été opposées, on voit bien aujourd’hui que les deux se nourrissent et doivent être traitées en parallèle. Un manager devant à la fois créé la dynamique de confiance nécessaire à un travail à distance de toute ou partie de son équipe, tout en soignant la dynamique de collaboration et de partage lorsque tout le monde se retrouve. En cela, les espaces de coworking et leur dynamique d’animation de communauté si particulière sont de bonnes sources d’inspiration pour les entreprises.

Vers des bureaux de plus en plus fluides

De nombreuses entreprises atteignent désormais un nombre conséquent de télétravailleurs réguliers ou occasionnels (entre 20 et 30% des collaborateurs éligibles) et l’on voit émerger une problématique de bureaux “vides”. Le taux d’occupation moyen des bureaux est de l’ordre de 55% en IDF et la montée en puissance du télétravail tend à faire baisser de plus en plus ce taux. Pour lutter contre cette désertification et pour optimiser leur empreinte immobilière, certaines entreprises font le choix de passer à des bureaux partagés entre collaborateurs. Le passage vers du flex-office et sa version améliorée d’environnement dynamique sont donc bien souvent les pendants immobiliers du développement du télétravail. Si l’on regarde plus loin, on voit bien que la notion même de prise à bail par une entreprise demandera demain plus de flexibilité dans le temps et dans les surfaces. La notion de siège sera toujours aussi importante en termes d’identité d’entreprise, de socialisation pour les collaborateurs et de collaboration. Il deviendra un hub collaboratif en quelque sorte prolongé par une multitude de site satellites (domicile, coworking, bureaux partagés avec d’autres entreprises etc…).

Il reste désormais à accompagner ces transformations au sein des entreprises. Or pour que ces défis se transforment en véritables dynamiques d’expérimentations et de développement des pratiques de travail en mobilité sous toutes ses formes (télétravail à domicile, en coworking, nomadisme, bureaux satellites ou partagés entre entreprises), il faudra convaincre les dirigeants, adapter les dispositifs, accompagner les transformations. C’est dans cette optique que l’expérimentation “Quel bureau demain ?” sera lancée en juin 2018 par Neo-nomade et le Centre Michel Serres avec l’objectif d’impliquer 50 entreprises et 10 000 collaborateurs pendant un an sur les territoires d’Ile de France et Nantes Métropole.