Numérisation des bâtiments : la révolution invisible

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Depuis une trentaine d'années, le numérique s'est progressivement imposé dans la gestion des bâtiments avec une promesse d'efficacité, d'expérience et de personnalisation. Où en est-on aujourd'hui de cette transformation qui a conquis tous les étages ? Nous avons posé la question à David Esseryk, fondateur de HDC Hospitality, et Antoine Gauvenet, responsable projets IT, smartbuilding et immobilier chez Covivio.

Comment le numérique s’est-il imposé dans les bâtiments ?

ANTOINE GAUVENET — Son déploiement s’est appuyé sur trois piliers : simplifier la vie des occupants, superviser le fonctionnement des bâtiments et réduire leur impact énergétique. Le socle d’un smart building, c’est son infrastructure informatique, qui doit être commune à tous les lots techniques et qui constitue une « colonne vertébrale ». Cette mutualisation des réseaux informatiques permet la mise en œuvre de solutions en lien avec nos trois piliers.

DAVID ESSERYK — Le digital est devenu l’ossature de l’industrie hôtelière. Il a fait passer le secteur d’une gestion artisanale et locale à une industrie mondiale, connectée et personnalisée. Le grand changement pour le bâtiment est qu’on est passé d’une technologie proposée, qui passait par un service audiovisuel ou un minibar connecté, à une technologie qui doit désormais être capable d’accueillir celle du client.

Qu’est-ce que cette évolution implique en matière d’expérience ?

D. E. — On est rattrapé par la standardisation des usages. Le mobile est devenu l’outil universel pour délivrer le parcours utilisateur. Tous les services proposés doivent pouvoir s’adapter à ses applications.

A. G. — En effet, on cherche à centraliser dans un principe de hub l’ensemble des solutions, comme le service de conciergerie, la réservation d’une salle, les repas… Nous appelons cela la « télécommande de l’immeuble ». Chez Covivio, pour tous les sujets sensibles comme l’accueil ou le management, nous gardons toujours la possibilité d’avoir un interlocuteur. Cela fait partie de notre volonté de maintenir une place privilégiée au contact humain.

Quelles sont les prochaines grandes étapes à attendre en matière de digitalisation ?

D. E. — L’IA constitue le prochain saut technologique. Celui d’une IA hyper prédictive, capable d’anticiper les questions et de résoudre les problèmes des utilisateurs. Cela soulève la question de l’identité numérique. Comment faire en sorte que le système soit capable de reconnaître un individu en toute sécurité et de l’accompagner durant son parcours numérique avant, pendant et après son passage ?

A. G. — À ce titre, on parle beaucoup de BOS, pour Building Operating System. Pour simplifier, c’est un système d’exploitation, comme l’iOS pour l’iPhone, en capacité de faire dialoguer l’ensemble des services tiers de l’immeuble et d’automatiser certains cas d’usage. Par exemple, identifier une personne à son arrivée dans un immeuble, l’accueillir par un message personnalisé, lui ouvrir et préchauffer une salle de réunion précédemment réservée. On peut tirer la pelote assez loin en matière de personnalisation et d’automatisation des solutions. L’intérêt du BOS repose aussi sur la capacité d’optimisation énergétique. En intégrant le fonctionnement du bâtiment, on peut mieux le piloter.