Milan offre une deuxième vie à ses gares ferroviaires : comment des infrastructures désaffectées deviennent de nouveaux quartiers

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1,25 million de mètres carrés, des milliers de logements prévus, un réseau de transport réinventé : les chiffres liés aux 7 sites ferroviaires concernés par le plan Scali Ferroviari de Milan donnent le tournis. Quelle est la stratégie suivie par ce projet complexe ? Quel sera son impact sur la capitale lombarde ? Décryptage.

Un pilotage au long terme,
associant secteur public et privé

Centre névralgique de l’industrie italienne, Milan dispose d’une infrastructure de transport conséquente depuis le 19e siècle. Mais à mesure que la logistique était rationalisée, de nombreux sites ont été fermés. Les 7 scali ferroviari (gares de triage) concernés par le plan de régénération urbaine sont tous situés à l’interface entre le cœur de Milan et les corridors radiaux reliant la ville à la région de Lombardie. Les kilomètres de rails et d’entrepôts, abandonnés pour certains depuis des dizaines d’années, ont longtemps été considérés comme des barrières physiques et sociales.

Le début de leur renaissance date de 2007, lorsque la municipalité de Milan a promu un Accord de programme avec Ferrovie dello Stato SpA (FS Group, l’entreprise ferroviaire publique d’Italie) et la région Lombardie. A ainsi été développé un Plan de Gouvernement Territorial, qui s’est accompagné d’une évaluation environnementale stratégique, et de phases d’écoutes de citoyens avant la ratification de l’accord-cadre en 2017. 

Les sept sites concernés par l’accord avancent depuis à des rythmes différents, en fonction des partenaires et de l’approbation des plans de mise en œuvre. La taille de chaque projet (la cession des Scali Farini et San Cristoforo par FS Group à REDEUS Fund pour 489,5 millions d’euros a été la plus grande réalisée en Italie ces deux dernières années) mène à la collaboration de promoteurs immobiliers italiens et internationaux.

Le temps long, nécessaire à la sortie de terre de nouveaux quartiers, peut être l’occasion d’expérimentations. La gare de Porta Genova, qui n’est plus en activité depuis la fin 2025, accueille ainsi le Social Hub, une initiative qui associe The Sanctuary, la municipalité de Milan, FS Sistemi Urbani et l’association Scalo Porta Genova. Le lieu combine restaurant, bar, espaces de coworking, espace bien-être et événements culturels. 

Des lieux où vivre,
travailler, créer 

Le premier plan de mise en œuvre à avoir été adopté par le Conseil municipal en décembre 2025 concerne le Scalo Greco-Breda pour le projet L’Innesto (greffage), porté par le Fondo Immobiliare di Lombardia – Comparto Uno, sous la gestion Redo SGR. Les gares de triage de Breda, par lesquelles transitaient les matières premières destinées aux aciéries de Sesto San Giovanni, se muent en un quartier qui associe appartements, universités, services et logements à loyers modérés, dans un cadre de verdure. Les espaces publics se situeront en rez-de-chaussée afin d’être le ciment d’une nouvelle communauté. 

À Scalo di Porta Romana, un projet réunissant Coima SGR, Covivio et Prada Holding S.p.A, la transformation sera multiple. Grâce à une grande offre de services : places publiques, espaces naturels, emplacements commerciaux, le site propose un espace de vie comprenant des zones résidentielles (à l’ouest) et des bureaux, des services et des établissements hôteliers (à l’est). 

On peut également citer Scalo Farini, qui accueillera le nouveau siège du groupe bancaire Unicredit et un campus de l’Académie des beaux-arts de Brera. Un quartier de 1 800 logements sociaux sera construit, dont certains feront l’objet d’un droit d’option par la municipalité de Milan.

Des infrastructures
vertes et communes 

Les projets ont en commun d’avoir une forte ambition écologique, équilibrant la densité des nouvelles constructions par des parcs et des équipements publics.  

L’élément clé du redéveloppement de Scalo di Porta Romana est un grand parc, qui assurera le lien avec le centre-ville de Milan. Les 190 000 m² du projet seront une zone entièrement piétonne, dont plus de 50 % seront consacrés à des espaces verts publics. Quant à l’Innesto, il vise à être le premier quartier de logements abordables en Italie à atteindre la neutralité carbone. 

On peut aussi citer le Scalo Lambrate, qui verra naître un parc urbain de 41 500 mètres carrés, des potagers pédagogiques, des vergers et des jardins communautaires. Les aires seront reliées par un système de trois places, conçues pour devenir des lieux de rencontre et de socialisation. 

Et la mobilité, dans
tout ça ? 

Les scali ferroviari n’oublient pas leur ADN lié au transport, et l’accord-cadre prévoit des interventions et des investissements pour renforcer le pôle ferroviaire milanais. La construction et l’adaptation de gares sont au programme, dans le cadre d’un grand projet de ligne cyclique. 

La mobilité (comprise dans un sens large qui intègre les transports publics, la route, les espaces piétons et cyclables) et l’accessibilité jouent un rôle crucial dans la stratégie globale de régénération. L’objectif est d’assurer la continuité entre les nouveaux quartiers et le tissu urbain existant. Par exemple, le projet Attraverso San Cristoforo (À travers San Cristoforo) dans le Scalo du même nom est une passerelle cyclable/piétonne qui reliera la Piazza Tirana, le parc, une station de métro sur la ligne M4, et deux routes. 

Qualité de vie, accessibilité, écologie : les scali ferroviari illustrent comment des infrastructures obsolètes peuvent être transformées en zone de renaissance urbaine. Des projets à suivre, alors que les années à venir montreront comment ils accompagneront la croissance de Milan.