Façades : ce que la ville donne à voir 

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Première impression d’un bâtiment, la façade se situe au croisement de nombreux enjeux : conservation et renouveau du patrimoine, dialogue avec l’espace public, efficacité technologique et impact écologique. Un sujet fondamental pour un opérateur comme Covivio.

« La façade, c’est l’identité d’un bâtiment, la façon dont on le reconnaît »
« C’est un sujet intemporel, dont se saisissent les architectes et toutes les parties prenantes qui travaillent sur un projet. Chez Covivio, nous avons la chance de développer des bâtiments avec une identité forte qui se démarquent, dès la façade : nous allons chercher à les rénover, à les sublimer, pas les changer. »

Vincent Floquet
Directeur technique adjoint chez Covivio

La façade, profil esthétique

L’Atelier, le siège européen de Covivio situé dans le quartier de Saint-Lazare à Paris, associe deux bâtiments des années 1920 et 1930, qui avaient déjà vécu plusieurs vies, de collège Jésuite à central téléphonique, avec des rénovations intermédiaires. Les architectes de l’agence STUDIOS Architecture ont fait le choix de redonner toute leur lisibilité aux façades d’origine en remplaçant les ajouts en béton des années 1970 par un voile vitré sur la façade de la rue d’Édimbourg. Côté rue de Madrid, ils ont également imaginé une nouvelle trame de fenêtres, inspirée du dessin initial du bâtiment. 

La façade peut aussi inspirer l’esthétique intérieure du bâtiment, voire bien davantage. L’immeuble “Beige Paris”, dans le 17ème arrondissement, est emblématique de l’architecture des années 1920, avec sa mosaïque en façade – qui a été reprise sur les sols et les paliers d’ascenseur dans un design signé par la Maison Sarah Lavoine. Mais ce n’est pas tout : le styliste belge Dries Van Noten a même puisé dans les singularités de la façade du bâtiment  pour dessiner sa collection homme lors de la Fashion Week 2024 !

La façade, reflet de la vie intérieure  et support d’innovation

La façade marque symboliquement la distinction entre l’espace public de la rue et l’espace privé du bâtiment… mais elle peut aussi permettre une porosité entre les deux, notamment quand le rez-de-chaussée accueille des commerces ou services. Les façades du rez-de-chaussée de l’immeuble Maslö, à Levallois-Perret, sont, par exemple, vitrées afin de créer une invitation à rendre visible  l’intérieur du bâtiment. La façade joue également un rôle central dans le confort des usagers, avec un compromis à trouver entre luminosité et performance thermique. Un champ d’expérimentation pour les entreprises du secteur, dont Vincent Floquet salue l’engagement en R&D. Permettre aux  ondes de téléphonie mobile de traverser des vitrages à haute performance thermique, ou encore se passer de stores grâce à des vitrages occultant par électrons… Autant d’innovations qui, bien qu’encore peu démocratisées, sont vouées à se développer largement dans les années à venir.

La façade, levier clé de performance énergétique et décarbonation du bâti

Les constructeurs de bâtiments tertiaires (bureaux, commerces…) sont soumis au Dispositif Éco Énergie Tertiaire (DEET), aussi appelé « décret tertiaire », qui vise à économiser 60 % d’énergie finale d’ici 2050 dans ces bâtiments. Cette démarche engage de nombreuses réflexions, notamment sur la façade. Véritable interface entre intérieur et extérieur, la façade joue un rôle clé dans la maîtrise des consommations énergétiques et contribue directement à améliorer l’efficacité globale du bâtiment. 

Covivio collabore entre autres avec l’ Institut Français pour la Performance du Bâtiment (IFPEB) et son Hub “des prescripteurs bas carbone” pour étudier le poids carbone des façades. « Le poids de la façade n’est pas neutre dans le poids carbone d’un bâtiment. On peut donc agir sur la décarbonation d’un bâtiment en travaillant en ce sens sur la façade », explique Vincent Floquet. 

Exemple d’action concrète : le vitrage représente environ 30 % du poids carbone d’une façade. Lors de la rénovation de Beige Paris, les anciens vitrages ont été collectés, pour un total de 12,5 tonnes de débris de verre (calcin). Les nouveaux vitrages “Low Carbon” du bâtiment sont fabriqués avec 57% à partir de calcin, pour un poids CO2 de 40 % inférieur à un vitrage standard. 

Ou encore, sur le projet The Line, dans le huitième arrondissement parisien, c’est l’ensemble de la façade qui a été pensée dans une logique circulaire, intégrant des profilés en aluminium fabriqués à partir de 100 % d’aluminium recyclé et des vitrages bas carbone. Pour la tour 030BLN d’Alexanderplatz à Berlin en cours de construction, des panneaux solaires seront intégrés à la fois en toiture et directement en façade, ce qui en fera l’un des premiers immeubles de grande hauteur en Allemagne à recourir à ce type de photovoltaïque intégré au bâti.

La façade à l’intersection des enjeux

Un dernier projet Covivio pour illustrer les multiples rôles des façades, avec Stream Building, Paris 17ème, qui mélange les usages, les espaces, les services mais aussi les matériaux. Sa structure mixte bois-béton vise l’optimisation du bilan carbone, tandis que sa façade houblonnée au sud-est, combinée à une faille végétale au sud, crée un couloir de biodiversité. 

Mais ce n’est pas tout : la houblonnière offre une protection thermique passive, tout en alimentant une micro-brasserie, dont la bière est ensuite commercialisée. Enfin, la structure en bois sert de support à une œuvre de l’artiste Pablo Valbuena : la matérialité de la façade est autant une décision stratégique qu’esthétique. 

« Le cœur de notre métier, c’est de trouver le juste milieu entre l’image du bâtiment, le confort des usagers, et les performances énergétiques et environnementales. » 
Vincent Floquet